Petite promenade du côté de la piscine thermale de Nancy

Les décorations de  Noël prennent déjà place dans les rues,  mais ne sont pas encore illuminées. J’ai horreur de cette période qui pour moi signifie se réveiller dans la nuit, sortir du travail dans la nuit, donner mes cours de croquis dans la nuit…. et le restant de la journée avoir des  brumes matinales qui s’étirent jusqu’à 15h pour faire place à, au mieux, une heure de lumière avant que tombe la nuit. Les températures qui baissent pour chatouiller le zéro tandis que l’humidité enveloppe tout sur son passage.

Qu’il est bon de cocooner au coin du feu

Mais aujourd’hui  le soleil est présent de bon matin donc j’en profite. Pour commencer un grand bol de thé. Non je ne fais pas tremper  une épingle à nourrice dans mon bol, c’est ma pince à thé…….

Par la fenêtre de la cuisine je vois les dernières feuilles des arbres qui éclatent de leur couleur jaune d’or.  Juste sous mes yeux un ginkgo biloba. Il mérite bien son nom d’arbre aux quarante écus ou abricotier d’argent, il est d’un jaune éclatant. Sa jolie feuille en forme de papillon  a souvent été utilisée par les artistes de l’école de Nancy notamment Jacques Gruber avec ses vitraux . C’est la plus ancienne famille d’arbres connue, puisqu’elle serait apparue il y a plus de 270 millions d’années. Elle existait déjà une quarantaine de millions d’années avant l’apparition des dinosaures. Bon d’accord le mien doit avoir au mieux une trentaine d’année, et si les chats continuent à déterrer les racines pour y faire leurs besoins il ne vivra pas vieux.

Vieille carte postale qui montre le geyser de la fontaine Lanternier
fontaine Lanternier

Je me suis levée tôt avec la bonne résolution d’aller faire mes exercices d’étirements à la piscine ronde. Vous vous dites que je suis folle d’aller à la piscine à cette saison, il fait froid. Mais en fait c’est la saison la plus agréable pour aller à la piscine ronde car elle est thermale. Sa température dans le bassin est suivant les jours ente 30 et 31.5 °.   Je suis depuis maintenant 18 mois atteinte d’une  capsulite et me rends pour me détendre et soulager les douleurs dorsales que cela implique  2 à 3 fois par semaine à la piscine thermale. Après 9 mois chez le kiné mon épaule va mieux mais j’ai gardé l’habitude d’aller faire le petit  légume dans le court-bouillon de Nancy-thermal. J’y retrouve un certain nombre d’habitués ( les ptits vieux sont les plus assidus et les plus matinaux) qui discutent en faisant quelques mouvements.
Ce complexe aquatique vient de la découverte d’une source thermale par l’architecte Lanternier qui réalisa des forages en 1908. La source porte son nom. Elle fut inaugurée lors de l’Exposition internationale de l’Est de la France en 1909.  En 1913 sont inaugurés l’établissement ainsi que la piscine qui s’avère être à l’époque la plus grande piscine en eau thermale du monde. publicité sur laquelle on voit une bouteille en verre avec une étiquette grilles Jean Lamour de la place Stanislas

L’eau de la source jaillit à 36 °C et permet de traiter les affections arthritiques. Cette vieille publicité montre que visiblement elle était également mise en bouteille. Je ne saurai vous dire goût elle a car une bonne dose de javel y est désormais ajouté.  Elle ne sera plus utilisée à partir de 2006 pour alimenter les bassins de la piscine Olympique et bassins en plein air, notamment parce que le forage s’est bouché. Seule la piscine ronde est actuellement encore alimentée en eau thermale.

Ce bâtiment aux formes arrondies abrite un bassin de soins décoré de faïences et fontaines en fer
forgé au style de l’école de Nancy. Encerclé de 32 cabines, ce bassin ne permet l’accès qu’à un nombre
limité d’usagers en même temps. Surtout prisé des l’ouverture des portes à 8h30 il faut parfois attendre sur les chaises de l’accueil qu’un roulement se fasse avant de pouvoir atteindre ce
bassin au décor de rêve.

page de carnet avec une aquarelle du bâtiment de la piscine ronde et une photo de l'intérieuraquarelle d'une de fontaines autour du bassin de la piscine ronde et photo de l'intérieur

Mais aujourd’hui j’ai de la chance une cabine est disponible dès mon arrivée. Je m’étire, fais des exercices musculaires et me prélasse donc durant une bonne heure.

Une fois sortie mais encore bien chaude je décide de faire un tour en ville, bonnet sur la tête, gants aux mains je reprends mon vélo est pars vers la vieille ville prendre un café et ressentir la respiration de la ville.aquarelle tasse à café

A cette heure-ci les rues sont encore calmes, mes cuisses en fromage blanc ne me permettant pas de rouler vite j’en profite pour admirer façades et ruelles. C’est étonnant je découvre encore des choses que je n’avais pas vues. Depuis des années je me promène dans ce quartier je n’avais jamais remarqué cette superbe fontaine que l’on a plus l’habitude de rencontrer dans les rues de Paris. La fontaine Wallace de Nancy (du nom du philanthrope américain qui a financé leurs installations. Elles ont été conçues par le sculpteur Lebourg,) est située place du colonel Fabien , sur le côté de l’église Saint Evre.

page de carnet de croquis sur laquelle est représentée en bleu Majorelle la fontaine Wallace
Fontaine Wallace, Nancy

Elle est constituée de 4 cariatides. Légèrement différentes l’une de l’autre, elles symbolisent la bonté, la simplicité, la charité et la sobriété et représenteraient également les saisons.
Il paraît qu’à la belle saison un filet d’eau coule entre celles-ci . Il faudra que je revienne
voir cet été.

En attendant un petit café bien chaud s’impose…non  qu’en pensez-vous ? Je vous ai donné envie non?

Alors je vous invite à  vous prendre un café et si le cœur vous en dit, et je vous propose le défi d’ici notre rendez-vous de la semaine prochaine d’en faire un petit croquis que vous pourrez partager sur ma page    https://www.facebook.com/laurence.morel.92

Faire comme bon me semble

Bonjour mes petits Cro’ cœurs.

Aujourd’hui je me suis amusée avec mes aquarelles…j’ai joué avec la fluidité de l’eau pour que les couleurs se mélangent sur le papier,  je me suis prise au jeu des transparences, de l’interpénétration des couleurs. C’est ce qu’il y a de magique dans l’aquarelle. Dessiner une forme par la pointe du pinceau, lui faire prendre les courbes d’une feuille , y déposer une goutte de couleur et venir la chatouiller avec une teinte opposée et regarder…se délecter des couleurs qui dans la moiteur de  leur union mélangent leurs pigments pour enfanter d’autres teintes. Certaines s’épousent d’autres se chassent. Quelques traces de bougies dessinent  les branches d’un arbre tandis que les gouttelettes  d’encres glissent sans prise sur la paraphine .  Les puristes diront que je ne fais pas de l’aquarelle car je sature trop mes couleurs, car je ne travail pas suffisamment avec le blanc du papier, mais surtout parce que je cerne mes sujets….et ILS AURONT RAISON, MAIS JE M’EN MOQUE. Ce que je veux c’est ME FAIRE PLAISIR, c’est créer les choses comme je les ressens, ou simplement comme je suis capable de les réaliser.

Mon sujet aujourd’hui est : les jardins éphémères de la Place Stanislas à Nancy. Chaque année après les manifestations du livre sur la place (salon du livre qui ouvre la saison littéraire) les pavés qui entourent la statue de Stanislas sont recouverts pour une période d’environ un mois d’installations et de jardins. Mobilier en bois, fontaines, parcours de découverte…plantes et fleurs de toutes sortes s’offrent au regard d’un public beaucoup trop nombreux pour que j’ose m’installer avec mon matériel.

Donc je me suis bien promenée, j’en ai pris plein les yeux, plein les narines aussi à la recherche des effluves des fleurs, et j’ai fait quelques photos  et je suis rentrée pleine d’inspiration à la maison

.

Et là je me suis installée à ma table et j’ai sorti mon bloc à dessin le plus précieux…. Celui de Jean Scherbeck, pour certains d’entre vous ce nom est réputé. Dessinateur et illustrateur, nancéien il fut l’élève d’Emile Friant et de Henri Royer avec lequel il travailla en Bretagne jusqu’en 1935, pratiquant la peinture et le pastel. Il consacra pratiquement toute sa vie aux portraits surtout ceux d’hommes et de femmes d’un certain âge. Ces « Mâmiches  » de Lorraine sont célèbres mais sa renommée franchie les frontières de la région avec ses Gens de Bretagne  et Gens d’Alsace. Les portraits il n’a pas fait que les dessiner il les  a photographiés aussi du côté de la rue Raymond Poincaré à Nancy. Des hommes les plus célèbres, aux niveaux nés  du voisinage, en passant par les GI’s qui ont libérés Nancy, peu de personnes ne sont pas passés à travers son objectif…

Vous comprendrez donc mon émotion quand Jean-Pierre son petit fils pour sauver ce bloc des gribouillis de ses jumelles me l’a offert. LE BLOC A DESSIN DE JEAN SCHERBECK, je n’ose même pas y toucher. Pendant plusieurs jours il est resté religieusement posé sur mon fauteuil, comme si c’était  lui qui était là. Je ne pouvais me résoudre à utiliser ce bloc et en même temps il ne cessait de me donner l’envie de le tester rien que pour voir ce que ça fait. Et là j’ai vu, plutôt j’ai senti , ma main qui dansait sur la feuille. Chaque trait, chaque touche, se posait avec justesse  j’étais en transe…. pour moi Jean Scherbeck était présent dans ce bloc de papier. Il guidait mon trait, il dessinait avec moi. Pour preuve  ce portrait au fusain que j’y ai réalisé….. Jamais je n’avais dessiné de la sorte, alors  je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour moi c’est une évidence….il était là.

 

 

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Le dessin comme thérapie

Depuis quelques semaines je retrouve un petit groupe de personnes à qui je dispense des cours de carnets de voyage. L’objet de ce cours était d’enseigner le croquis, la prise de note et la mise en page pour  réaliser  des carnets. Mais à les écouter c’est bien plus que cela. Mes cours sont divisés en 2 temps, d’abord une partie technique durant laquelle j’enseigne les traits de croquis, l’usage des encres et de l’aquarelle, l’apprentissage du geste libéré, les techniques graphiques diverses. La seconde partie est consacrée à l’apprentissage de la mise en page  afin de valoriser, dessins, croquis réalisés, textes et objets collectés.

Et là c’est la révélation!

Non seulement chacun de mes élèves se rend compte qu’il est capable de dessiner mais en plus de ses quelques traits, dès le premier cours c’est une satisfaction. Je m’attendais à entendre leur satisfaction  de voir à partir de ces quelques boucles, traits ou hachures apparaître leur premier petit paysage. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’ils discutent des bienfaits du dessin sur leur humeur, leur état de bien-être, leur état de quiétude et de relaxation. Marie après avoir réalisé son deuxième cours m’annonce avec une voix pleine de gratitude que :  » ce cours est pour moi   encore mieux qu’une séance de méditation en plus c’est vraiment une activité que je partage avec mon compagnon, on se sent en harmonie » Je n’en reviens pas! Déjà Marie-Claude qui vient pour la seconde année m’avait dit que ce cours était pour elle le moyen d’oublier quelques heures  ses douleurs et traitements.

 

Je les interroge donc sur ce ressenti. Chaque membre du groupe m’évoque les bienfaits de ce cours et j’en suis la première surprise ( même si je sais que pour moi le dessin est vital, il est mon équilibre et mon échappatoire mais je le pratique depuis 30 ans). Voici quelques phrases que j’ai relevées de leurs discussions.

Quand je dessine j’oublie tout – Je laisse mes soucis en dehors – Cela me calme et m’apaise – J’ai toujours eu envie de dessiner et je découvre que je suis capable de le faire – Je regarde la vie autrement – Non seulement j’apprécie la sensation de plaisir au moment ou le dessin apparaît sur ma feuille, mais j’éprouve un sentiment de fierté quand je regarde le résultat lorsque je la montre à mon mari – J’ai un vrai sentiment de réussite –  Au bout de quelques semaines, j’ai réalisé que plus je me concentrais sur une page, plus je m’apaisais. J’ai l’impression de méditer ! J’en sors sereine et reboustée. 

S’extraire du quotidien

Que ce soit les écrans de toutes sortes, les soucis professionnels, de santé ou juste les enfants, charmants mais épuisants, il  nous est vraiment difficile de lâcher prise et, parfois, on rêve de se téléporter loin, très loin. Que ce soit en groupe lors de séances de dessin,  dans les transports, dans une salle d’attente, durant une pause, il est toujours bon  de sortir un papier et un crayon pour s’extraire du poids du monde qui nous entoure.

Pourquoi ça marche ? Cette qualité d’attention particulière favorise l’évasion. Selon la psychiatre Catherine Bouchara, auteur de « Charcot, une vie avec l’image »( éd. Philippe Rey) « comme d’autres arts, le dessin nous permet d’être ici et ailleurs en même temps. On parvient à faire abstraction du monde qui nous entoure, à laisser de côté nos préoccupations. Cette bulle offre un profond repos à l’esprit. »

On peut faire des aquarelles, des portraits, des paysages, ou bien juste « griffonner » sur un coin de nappe en papier, le principal, est de se donner l’autorisation de s’exprimer par le trait, et non systématiquement par la parole.
Quand le dessin est réalisé, l’inconscient est touché. On révèle ainsi, sans le vouloir, notre identité. On projette notre état d’âme au moment même où le dessin se réalise.
Le dessin, précise Catherine Bouchara, a la capacité de faire jaillir de soi quelque chose dont on n’a pas forcément conscience.

Projeter hors de soi sa vision du monde

Choisir un point de vue, organiser ses motifs, choisir une couleur plutôt qu’une autre, c’est déjà faire preuve de  créativité de volonté. Au travers des couleurs, on apprend à dompter la réalité, à la faire devenir plus acceptable. Cela marche car, en mettant notre vie en morceau par l’intermédiaire d’un dessin, on apprend à mieux la connaître, la comprendre, l’apprivoiser.
Le dessin est la signature de notre être. C’est une activité qui permet de délier les langues sans
avoir à ouvrir la bouche. On verbalise sous la forme d’un mélange de couleurs, d’un tracé. C’est
le principe de l’ART THERAPIE.